L'ardeur des Combats s'étiolait au fil des Victoires remportées par les Chevaliers de l'Espoir. Des Vies s'en étaient retournées au Royaume des Ombres. Et il en viendrait encore et encore... L'Histoire réitère les erreurs passées, car les Hommes n'en tirent nulle expérience.
Une Déité croyait pourtant en eux. Athéna, fervente protectrice de l'Humanité brandissait son sceptre irradiant d'une luminescente miséricorde. Accompagnée de ses Chevaliers Sacrés depuis des millénaires, elle lutte pour leur salut.
Certains supposaient qu'il s'agissait là d'une Fable, d'autres laissaient parler leur coeur, acceptant cette légende telle une vérité irrévocable.
La dernière Guerre Sainte contre le sombre monarque venait tout juste de clore momentanément le Grimoire des Archives Universelles.
Les Divines Moires accomplirent le destin des Douze en tranchant le fil d'or les reliant à la Vie.
Non loin du Mur des Lamentations, résonnait encore le Carillon émanant des Saintes Armures d'Or, comme un Souvenir éternel, rappelant ainsi sa défaite au Seigneur Spectral.
Une fois encore, les Ténèbres ne réussirent point à nimber le Monde d'un voile de noirceur. Athéna veillait, quoiqu'il arrive, elle se dresserait toujours tel un rempart face aux forces du Mal...
Le Temple des Poissons.
L'Antre du Narcissique distillait par delà un dédale d'innombrables marches les prémices d'un insolite éveil. Une corolle florale, un voilage carmine enjôlait le sol marbré de cette demeure. Désertée, seule une fragrance s'y activait, valsant langoureusement avec les Flammes d'un boléro cuivré, et s'émancipant enfin par delà le seuil de ce Tertre isolé au sommet du Sanctuaire Sacré.
Enfin, il reprenait le dessus sur la Mort. Lui, l'Androgyne à l'élégance baroque, aux allures à la fois féminines et atypiques, cet esthète incompris par ses pairs, cette Allégorie Mortelle d'une Déesse à la beauté éblouissante et pure...
Il s'éveillait au sein d'un cocon embaumé d'un exquis parfum dont la réputation flirtait avec la Légende tant son pouvoir semblait inégalé.
Qui pourrait se vanter d'occire ses adversaires à l'aide d'une rose ? Une aussi belle et expressive fleur ?
... Mais ce n'est qu'une Fleur. Fragile d'apparence, ses épines demeurent aussi acérées que les griffes d'un félin.
Ainsi s'établit l'histoire de ce Chevalier d'Or, Aphrodite des Poissons.
Un prénom non hasardeux puisqu'il sied parfaitement à son apparence. En effet, de tous les humains au service de la Déesse, il prétendait être le plus beau.
Il l'était. Seulement sa beauté revêtait des atours féminisées.
L'Androgyne aux roses assassines. Quiconque se dressait contre lui subirait une mort des plus douces.
L'éveil.
Une ribambelles de soyeux filins ondoyait au gré de la bise Zéphyrienne, cajolant l'Or d'une armure aux reflets ensoleillés. De joyeuses boucles indigo enjôlait un visage endormi. Un faciès séraphique dont les courbes s'esquissaient au beau milieu d'un amas velouté distillant une doux parfum.
Un infime laps de temps s'écoulait avant que cette créature n'offre à la Nature la beauté d'un regard où s'enchâssaient deux merveilles argentés.
La première interrogation qui lui vint à l'esprit fut : où suis-je ?
La réponse s'ensuivit aussitôt.
Aphrodite venait de s'éveiller dans l'enceinte de son Antre, la Demeure des Poissons.
Le Douzième récupérait ainsi son Maître et Gardien.
Restait à savoir comment les autres l'accueilleraient-ils ? En rédempteur ou en renégat ?
Il lui fallait renouveler son serment à la Déesse Athéna avant toute chose.
Son esprit encore embrumé réclamait des réponses. Que s'était-il passé depuis le Mur des Lamentations ?
Mais avait-il changé ? Lui l'Infâme ?

